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L'article suivant a été publié pour la première fois dans Up the Gatineau! Volume 50.

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Les débuts de la colonisation de la Haute-Gatineau : les années 1840

Par Martin Lamontagne

Il y a vingt ans, on le sait, cette vallée était le pays le plus sauvage,
le plus inaccessible, le plus solitaire du Bas-Canada…

Stanislas Drapeau1

En 2002, Martin Lamontagne a fait l’acquisition d’une propriété située sur le chemin Martindale à Low, au Québec, une municipalité rurale située à mi-chemin entre la ville de Gatineau et celle de Maniwaki. Au fil des ans, alors que Martin restaurait cette maison centenaire, il y a découvert l’histoire de ses premiers propriétaires : une famille irlandaise venue s’établir à Low au milieu des années 1850. Il s'est alors intéressé à en connaître davantage et à documenter l'histoire de cette maison/propriété à ses tout débuts.

Martin travaille actuellement à la rédaction d’un livre retraçant les débuts du 356, chemin Martindale, qu'il espère publier en français et en anglais. Dans un premier temps, son livre présentera un bref aperçu historique de la région de l’Outaouais avant le début de sa colonisation, en reconnaissant la présence autochtone pendant des millénaires. Par la suite, il rappellera l'arrivée des premiers colons dans la région, en commençant par les Américains Philemon et Abigail Wright à Hull en 1800. Le livre se conclura par l'histoire de la maison et de ses habitants depuis son origine jusqu'au milieu des années 1920. Cet article est une version adaptée et abrégée du chapitre concernant les années 1840.

Au début des années 1840, la colonisation du canton de Hull était bien amorcée, tout comme celle du canton de Wakefield2. Par contre, le territoire situé au nord de Wakefield, soit à partir du canton de Low, n’était que très peu habité. Les marchands de bois, ainsi que les travailleurs forestiers, étaient essentiellement les seuls non-Autochtones à parcourir ce territoire. Il n’y avait pratiquement aucun chemin, aucune infrastructure, aucune organisation municipale ou institution religieuse, ni aucun plan de développement précis dans cette partie de la vallée de la Gatineau 3.

La vallée de la Gatineau était demeurée une vaste et riche forêt où l’exploitation forestière et le commerce du bois1, encore à leurs débuts, prenaient de l’ampleur rapidement suite à l’octroi de droits de coupe exclusifs à quelques marchands de bois en vertu du Privilège de la Gatineau, mis en place en 1832. En leur accordant ce droit exclusif de coupe de bois sur ce territoire, ce privilège le fermait à toute colonisation éventuelle5. Voici ce que l'historien Chad Gaffield dit à ce sujet :

« Au début du siècle, la politique gouvernementale visait à encourager la colonisation de la région pour des raisons stratégiques, mais, dans les années 1830, elle cède peu à peu la place à une conception plus équivoque selon laquelle l’occupation du territoire devient un obstacle au développement de l’industrie forestière. Après des années de débats et de controverse, le gouvernement introduit dans la loi de 1849 ce qui se veut une tentative de solution du conflit entre les colons à la recherche de terres et les entrepreneurs forestiers qui veulent contrôler les zones non défrichées. »6

Early settlement
Partie d'une carte datant de 1880 montrant les nombreux rapides et chutes d'eau qui se trouvaient sur la rivière Gatineau avant la construction de centrales hydroélectriques dans les années 1920. Source : Bond, Courtney C. J. et John W. Hughson, Hurling Down the Pine, 3e édition, Société historique de la vallée de la Gatineau, 1987.

Par contre, ces marchands de bois finiront par jouer un rôle important dans l’ouverture de la région. La partie supérieure de la vallée de la Gatineau a commencé à se peupler de façon saisonnière à mesure que des chantiers forestiers sont apparus sur le territoire entre Wakefield et la rivière Désert (aujourd'hui Maniwaki), peuplés de bûcherons, de scieurs, d’équarrisseurs, de charretiers et de cuisiniers7.

À cette époque, il y avait environ une centaine de milles de chemins forestiers qui sillonnaient la vallée de la Gatineau jusqu'à la rivière Désert. Ils donnaient accès aux ressources forestières et permettaient le transport des travailleurs et des marchandises vers les camps forestiers8. Cependant, ils n'étaient pratiquement utilisables qu'en hiver, car ils étaient généralement boueux ou impraticables le reste de l’année. Ce qui n'était pas transporté en canots l'été était transporté en traîneaux l'hiver. Cela dit, les déplacements sur la rivière Gatineau n'étaient pas faciles non plus, en raison des nombreux rapides qui jalonnaient son parcours. Donc, l'accès à la Haute-Gatineau n'était pas facile et son accès par voie terrestre ne s'est pas amélioré de façon significative avant les années 1860. Ainsi, la rivière Gatineau est demeurée la principale voie de communication, malgré ses nombreux portages.

Avec l'intensification de l'activité forestière, les marchands de bois avaient des besoins importants en produits agricoles pour nourrir les travailleurs et les animaux de trait. La plupart d’entre eux ont établi d’importantes fermes agricoles à quelques endroits le long de la rivière Gatineau afin de satisfaire eux-mêmes à une partie de leurs besoins en produits agricoles, vu les difficultés de les transporter. Ces fermes offraient un autre avantage, soit un refuge l’été aux animaux de trait utilisés dans les chantiers en hiver.

Les associés George Hamilton et Charles Adamson Low exploitaient deux fermes dans le canton de Low (150 acres de terre défrichée)9, une dans le canton d’Aylwin (200 acres de terre défrichée) et une autre dans les environs du canton de Bouchette (200 acres de terre défrichée), soit un total d’environ 550 acres10. Il en était de même des membres de la famille de Philemon Wright, qui exploitaient sur la Gatineau au moins trois fermes totalisant 540 acres en culture, dont celle connue à cette époque sous le nom de « Ferme Victoria »11, située à La Visitation (aujourd’hui Gracefield), à la jonction des rivières Picanoc et Gatineau. Pour sa part, Thomas McGoey possédait une ferme dans le canton d’Aylwin, dont 160 acres étaient en culture12. L’établissement de ces fermes semble avoir également incité certains des travailleurs des chantiers forestiers à s’établir dans les environs au lieu de retourner dans leur paroisse d’origine une fois la saison de coupe de bois terminée.

De pair avec leurs fermes agricoles, les marchands de bois exploitaient généralement des dépôts ou centres de ravitaillement qui servaient à entreposer les outils, les denrées alimentaires et les produits agricoles nécessaires dans les chantiers et qui pouvaient être distribués au besoin. Ces dépôts servaient également de points de rassemblement, l’automne, pour les travailleurs qui se dirigeaient vers les chantiers forestiers pour la période hivernale. À ces premiers établissements le long de la Gatineau viendront s’ajouter des postes de relais pour héberger, entre autres, les charretiers qui assuraient l’approvisionnement des chantiers et les travailleurs forestiers eux-mêmes, sans oublier les chevaux qui les transportaient. Tous pouvaient être abrités et nourris lors de leur passage. À l’origine, ces postes de relais ne comprenaient généralement qu’une habitation très rustique, une écurie et parfois un magasin général. Ils étaient habituellement situés à environ 12 milles les uns des autres, soit la distance qu’il était possible de parcourir en une journée par un attelage de chevaux transportant des marchandises et des provisions.

Ces fermes, ces dépôts et ces postes de relais ont été les premières pierres d’assise dans l’établissement de petites communautés le long de la rivière Gatineau. Après quelques années, à mesure que la population s’accroissait, des magasins, des chapelles, des écoles et des bureaux de poste sont venus s’y ajouter pour finalement donner naissance à de petits villages que l’on retrouve encore aujourd'hui le long de la rivière Gatineau et qui se trouvent effectivement à environ 12 milles les uns des autres, soit Hull, Chelsea, Wakefield, Low, Kazabazua, Gracefield.

Pour ce qui est de la colonisation de la Haute-Gatineau, il semble qu’il n’y ait eu aucun plan précis pour son développement, ni aucune entité gouvernementale ou municipale chargée d’assurer un développement structuré et ordonné de la vallée13. De plus, il n’existait aucune aide ni aucun incitatif particulier pour encourager les colons à venir s’y établir. Il est également important de souligner qu’aucun des cantons situés au nord du canton de Wakefield n’a été arpenté avant 1845. Ceci a certainement freiné l’intérêt de nouveaux colons à s’y établir, car il était trop risqué de s’installer sur une terre qui n’était pas arpentée sans en avoir obtenu au préalable l’autorisation ou les titres légaux.

Malgré toutes ces conditions très défavorables, certains d'entre eux ont tout de même décidé de venir s’y installer et de commencer sa colonisation. À ce sujet, une lettre adressée à l'évêque de Montréal en mai 1842 par le père Désautels, premier curé d'Aylmer, fournit des informations fort intéressantes concernant certaines des communautés établies le long des rivières des Outaouais et de la Gatineau. Elle permet également de mieux saisir la réalité quotidienne des gens qui avaient décidé de venir vivre sur ce territoire encore sauvage, hostile et presque inhabité14. Ce prêtre missionnaire a présenté ses appréciations à l’égard des lieux qu'il a visités, dont ceux-ci :

Lac Sainte-Marie
[Texte original] « Cette mission… compte 14 familles canadiennes. J’ai visité ce poste deux fois, et j’ai toujours trouvé les habitants bien disposés à consoler le missionnaire des fatigues qu’il a à essuyer pour pénétrer jusqu’à eux, par leur ponctualité à assister à tous les exercices de la mission. La plupart des gens de ce lac vivent de la chasse et de la pêche qu’ils font dans les grands lacs voisins, qui sont très poissonneux; ils sont presque tous pauvres. »

La Pointe à Deltier (aussi connu sous le nom de La Visitation)
[Texte original] « Cette mission se trouve à 10 lieues au de là du Lac Ste. Marie, par le chemin de canot, et n’en est qu’à 5 par le chemin d’hiver. J’ai ouvert cette mission l’été dernier; elle est composée de 17 familles canadiennes. Je ne saurais dire quelle joie m’ont témoigné ces pauvres gens en me voyant arriver, pour la première fois, parmi eux : les marques qu’ils m’en ont données étaient vraiment touchantes. Ils ont tous profité de la mission, et m’ont prouvé par leur conduite qu’il y a beaucoup de bien à faire parmi eux. »

La lettre du père Désautels, comme plusieurs autres écrits du clergé à cette époque, témoigne de l'intérêt de l'Église catholique pour les communautés autochtones, les colons et les travailleurs saisonniers des camps forestiers. Il est également important de souligner que le clergé des autres confessions chrétiennes, principalement protestantes, était également présent dans la région pour soutenir les nouveaux arrivants.

Les informations fournies par le père Désautels concernant le lac Sainte-Marie ont été corroborées quelques années plus tard par l’arpenteur John Allen Snow lorsqu’il a noté la présence d’une vingtaine de colons non conformes ou squatteurs, qui étaient établis sur les rives du lac Sainte-Marie15. Environ la moitié des familles établies au lac Sainte-Marie étaient des familles métisses ou d’unions mixtes, c'est-à-dire composées d’une personne non-autochtone et d’une personne autochtone, alors que l’autre moitié étaient des gens natifs de la région de Montréal. La plupart de ces familles étaient ou avaient été engagées dans la traite des fourrures16. L’arpenteur Snow nous apprend également que ces colons non conformes avaient 272 acres de terre défrichée, malgré le fait qu’ils vivaient essentiellement de la chasse et de la pêche17.

Bien que les quelques comptes rendus des prêtres missionnaires qui ont parcouru la vallée de la Gatineau au début des années 1840 ne fassent pas mention du canton de Low lors de leurs passages, il n’en demeure pas moins que celui-ci était également occupé par un certain nombre de squatteurs, comme c’était le cas pour d'autres cantons plus au nord, même si les terres n’étaient toujours pas arpentées et que leur colonisation n’était pas encouragée par le gouvernement. Après 1845, la situation a commencé à changer, d'abord avec l'arpentage du canton de Low en 1847-1848, puis des cantons d'Aylwin et de Hincks en 1848. Comme beaucoup de gens le savent, la première famille à venir s’établir dans le canton de Low fut celle de Caleb Brooks, en 1837, soit la même année que la première famille qui s’est établie au lac Sainte-Marie, selon les notes laissées par l’arpenteur Snow. La famille Brooks a été rejointe, au cours des années qui ont suivi, par d’autres familles aventurières en quête d’un endroit où s'établir, tel que noté, cette fois-ci, par l’arpenteur John Newman.

Dans son carnet d’arpentage de la rivière Gatineau, Newman indique qu’il y avait déjà, en 1846-1847, une quinzaine de colons illégaux qui avaient élu domicile le long de la rivière Gatineau dans le canton de Low et qu’ils avaient environ 400 acres de terre défrichée. Il indique également qu’il y en avait près d’une dizaine d’autres dans le canton de Denholm, qui avaient environ 100 acres de terre défrichée. (Voir la liste détaillée des squatteurs ci-dessous.) Ce document indique clairement qu’une petite communauté commençait à prendre forme dans le canton de Low, une décennie après l’arrivée de Caleb Brooks.

Canton de Low :Nombre d’acres défrichées :
No 1   Pat [Patrick] Rourk [O’Rourke]30
No 2   [illisible] Carrole10
No 3   Michael Carrole20
No 4   Patrick Brennan30
No 5   Son gendre14
No 6   Carrole Daly15
No 7   Julius Blasdell25
D'autres sur le Stag Creek situé à 2 milles en amont de la rivière.
À 1½ milles, un moulin est érigé sur le Stag Creek.
No 8   Michael, Indien, sur une île de la Paugan Edy10
No 9   Bernard, Indien, sur une île de la Paugan Edy10
No 10 Brooks30
No 11 Walter Wilky [Wilkie]15
No 12 et 13 Hamilton et Low 2 fermes18150
No 14 Nox [Knox]20
No 15 Thos [Thomas] Fitzgerald40
TOTAL 419
 
Canton de Denholm  :Nombre d’acres défrichées :
No 1   Haunts [Hance or Hans] Maxwell40
No 2   John Wilson20
No 4   Jos Wells [or Wills]19
No 5   Un groupe de 4 personnes à environ ½ mille de la rivièreaucun détail
TOTAL 89

Note : Certains noms ou prénoms étant difficilement lisibles ou abrégés, le nom le plus probable a été suggéré en italiques entre crochets par l’auteur de cet article.
Source : Newman, John, Carnet 18, Rivière Gatineau, 1er janvier 1846, p. 45-50 et 71. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS2, P18).

Au total, l’arpenteur Newman a noté qu’il y avait environ une cinquantaine de squatteurs qui avaient défriché environ 2 000 acres de terre en bordure de la rivière Gatineau, entre les chutes Paugan et la rivière Désert19. Puisque l’arpenteur n’a pas inclus ceux du lac Sainte-Marie et possiblement ceux qui s’étaient installés à l’intérieur des terres, il est fort probable que le nombre de squatteurs était supérieur à une cinquantaine.

Early settlement
Section d'une carte de la rivière Gatineau datant de 1846 montrant l'emplacement des squatteurs établis dans les cantons de Low et de Denholm. Il est intéressant de noter qu’ils sont établis non loin des marchands de bois Hamilton et Low. Ces deux groupes étaient dépendants l'un de l'autre. Les squatteurs étaient un apport important pour les marchands de bois dans l’exploitation de leurs chantiers forestiers tant pour leur main-d’œuvre que pour leurs produits agricoles. En retour, les squatteurs recevaient l’argent dont ils avaient besoin des marchands de bois. Source : Newman, John, Plan of part of the River Gatineau, 1er Janvier 1846. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S555, SS1, SSS18, P72). www.numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3474240. GVHS 03059.001/61.

À la fin des années 1840, il y avait une soixantaine de familles installées à La Visitation (Gracefield), sur des terres qui n’étaient toujours pas arpentées. En 1849, elles demandèrent à Mgr Guigues, premier évêque du nouveau diocèse de Bytown (renommé Ottawa en 1860) et ardent défenseur de la colonisation20, de soumettre leurs doléances et de les représenter auprès des autorités gouvernementales afin que cette situation soit rectifiée. La demande de Mgr Guigues pour un arpentage rapide a été approuvée et mise en œuvre. Pour ce qui est du canton de Low, l’arpentage des trois premiers rangs a été effectué par John Newman et son équipe, au cours de l’automne 1847 et de l’été 1848, et la partie restante du canton à l’automne des années 1852, 1853 et 1854.

Il est donc possible de conclure qu'à la fin des années 1840, plus d'une centaine d'individus ou de familles sans aucun titre de propriété étaient installés sur les rives de la rivière Gatineau entre les cantons de Low et de Maniwaki. Cette situation les rendait très vulnérables à l’éviction, malgré le fait qu’ils avaient défriché une partie des terres occupées et construit certains bâtiments. Il semble, toutefois, que les autorités gouvernementales de l’époque aient été relativement tolérantes à l’égard de ces colons sans titre légal, puisque rien n’indique le contraire. De plus, ces occupants qui étaient établis sur des terres publiques pouvaient apparemment régulariser leur situation s’ils payaient le prix habituellement prévu, plus une rente annuelle pour le nombre d’années pendant lesquelles ils avaient occupé les lieux21. Finalement, comme l’a fait remarquer un chercheur qui s’est intéressé aux squatteurs de la vallée de la Gatineau :

« La colonisation de plusieurs régions du Bas-Canada, incluant la Haute-Gatineau, a commencé bien avant l’ouverture officielle des terres. »22

Early settlement
Mgr Joseph-Bruno Guigues (1805-1874), premier évêque de Bytown (renommé Ottawa en 1860), tel que dessiné (probablement à partir d'une photo) par A. D. Beaulieu, vers 1920. Source : BAnQ Québec (P600, S5, PDEN83). www.numerique.banq.qc.ca/ patrimoine/details/52327/4601468. GVHS 03059.004/61.

Ces squatteurs étaient appréciés des marchands de bois, tant pour leur main-d'œuvre que pour leur apport en produits agricoles nécessaires à l’exploitation de leurs chantiers forestiers. De concert avec les marchands de bois qui avaient établi de grandes fermes le long de la rivière Gatineau, ce sont eux qui ont ouvert la voie à la colonisation de cette partie du territoire de la vallée de la Gatineau. Ils sont incontestablement les premiers pionniers à avoir habité, défriché et mis en valeur la partie de la vallée de la Gatineau située au nord du canton de Wakefield23.

C’est ainsi qu’au cours des années 1840, la colonisation de la Haute-Gatineau a débuté. Elle va se poursuivre à un rythme beaucoup plus soutenu au cours des décennies à venir. Parmi les principaux facteurs qui ont contribué à l'accélération de la colonisation, on peut citer l’arpentage des terres, l’essor de l’industrie forestière, la volonté du gouvernement de coloniser de nouvelles régions, ainsi qu’une immigration importante en provenance du Royaume-Uni, en particulier d’Irlande. La situation économique déjà difficile de l’Irlande a été aggravée entre 1845 et 1850 par une maladie de la pomme de terre – sa principale culture agricole et sa première source d'alimentation – qui a mené à ce que l'on a appelé la Grande Famine23. Cette situation a incité un nombre important d'immigrants irlandais à venir s'installer dans la vallée de la Gatineau. Les Irlandais ont été suivis de près par des Canadiens français, puis par d'autres ressortissants européens, dans les autres cantons en voie d’être colonisés, accentuant ainsi la diversité culturelle de la vallée de la Gatineau et de ses environs.

Bien qu’au cours de la première moitié du XIXe siècle, la colonisation de la Haute-Gatineau ait été plus lente que celle de la rivière des Outaouais ou la partie inférieure de la vallée de la Gatineau, elle a progressé malgré des conditions défavorables. L'élan de colonisation s'est intensifié dans les années 1850 et s’est poursuivi graduellement vers le nord au cours des décennies suivantes.

Notes de présentation de Louise Schwartz

Références

Barbezieux, Alexis de, père o.f.m. Capucin, Histoire de la province ecclésiastique d’Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l’Ottawa, Ottawa, 1897, vol. 1.

Bond, Courtney C. J. et John W. Hughson, Hurling Down the Pine, 3e édition, Société historique de la vallée de la Gatineau, 1987.

Circare Consultants, A Historical Profile of Mixed European-Indian Communities in the Outaouais Region, projet de rapport du ministère de la Justice du Canada, 2005.

Drapeau, Stanislas, Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada depuis 10 ans (1851–1861), Québec, 1863.

Gaffield, Chad, Histoire de l’Outaouais, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994.

Kealey, Don, Low Municipality – Reflections of the Past, publié à compte d’auteur, 2015.

Newman, John, Carnet 18, Rivière Gatineau, 1er janvier 1846. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS2, P18). Carnet L147, Canton de Low, 13 septembre 1848. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS3, PL147), et Carnet L22, Canton de Low, 3 octobre 1852. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS3, PL22).

Sabourin, Mathieu, Les squatters de la rivière Gatineau entre 1812 et 1870, mémoire de maîtrise, Université Laval, Québec, 2010.

Snow, John Allen, Carnet G25, Cantons Aylwin et Hincks, 8 mai 1848. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS3, PG25).

Taché, Louis, et al., Le Nord de l'Outaouais : manuel répertoire d'histoire et de géographie régionales. Le Droit, Ottawa, 1938.

Références

  1. Drapeau, Stanislas, Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada depuis 10 ans (1851-1861), Québec, 1863, p. 322.
  2. En 1842, la population du canton de Hull était de 2 727 personnes, alors que celle du canton de Wakefield était de 248 âmes ou 37 familles.
  3. Taché, Louis, et al., Le Nord de l'Outaouais : manuel répertoire d'histoire et de géographie régionales, Ottawa : Le Droit, 1938, p. 220.
  4. L'exploitation forestière est l'activité qui consiste à abattre les arbres, à les élaguer et à les couper en billots pour qu'ils soient prêts à être vendus sur le marché. Le bois d'œuvre désigne généralement le bois utilisé pour la construction de maisons, de bateaux, etc., qui se trouve encore sous forme de billots, c'est-à-dire qu'il n'a pas encore été usiné.
  5. Circare Consultants, A Historical Profile of Mixed European-Indian Communities in the Outaouais Region, projet de rapport du ministère de la Justice du Canada, 2005, p. 59.
  6. Gaffield, Chad, Histoire de l'Outaouais, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, p. 164.
  7. À cette époque, le scieur était généralement celui qui coupait les arbres abattus en billots, l'équarrisseur celui qui équarrissait les billots et le charretier celui qui conduisait une charrette ou un traîneau.
  8. Pennie, Archie M., The Gatineau Highway, Up the Gatineau!, Société historique de la vallée de la Gatineau, vol. 25, 1999, p. 1.
  9. En vertu du Privilège de la Gatineau, Hamilton et Low ont obtenu des droits de coupe dans le canton de Low et ils ont établi un chantier forestier et entrepris la coupe de bois près des chutes Paugan. Source : Don Kealey, Low Municipality – Reflections of the Past, 2015, p. 44.
  10. Newman, John, Carnet 18, Rivière Gatineau, 1er janvier 1846. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS2, P18).
  11. Elle avait été nommée « Ferme Victoria » en 1839 en l'honneur de la reine du même nom qui avait accédé au trône deux ans plus tôt.
  12. Newman, John, Carnet 18, Rivière Gatineau, 1er janvier 1846. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS2, P18).
  13. Taché, Louis, et al., Le Nord de l'Outaouais : manuel répertoire d'histoire et de géographie régionales, Ottawa : Le Droit, 1938, p. 220.
  14. Désautels, Joseph, Mission d’Aylmer. Lettre de M. Désautels, à Mgr. de Montréal, datée du 3 mai 1842. Rapport de l’Association de la propagation de la foi, décembre 1842, no 4, 1843, p. 55-63.
  15. L’arpenteur Snow en a identifié une dizaine d’autres qui vivaient sur les rives de la rivière Gatineau, entre autres des membres des familles Wright, Hamilton et McGoey.
  16. Calvé, Martine, Les squatters du lac Sainte-Marie dans les années 1840, L’Outaouais généalogique, vol. XXXIV, no 1, printemps – été 2012, p. 23-30. Bouchard, Michel, Sébastien Malette et Guillaume Marcotte, Les Bois-Brûlés de l'Outaouais : une étude ethnoculturelle des Métis de la Gatineau, 2019, p. 129-133.
  17. Snow, John Allen, Carnet G25, Cantons Aylwin et Hincks, 8 mai 1848, p. 76. BAnQ Québec, Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21, S60, SS3, PG25).
  18. Il est intéressant de noter que Hamilton et Low sont considérés comme des squatteurs par l’arpenteur Newman. C'est probablement parce que le territoire au nord du canton de Wakefield n'avait pas encore été arpenté en 1846-1847. Toutefois, il semble que le Privilège de la Gatineau leur ait donné le droit d'établir des fermes pour exploiter leurs camps forestiers. Il convient également de souligner que les fils de George Hamilton (décédé en 1839) ont été les premiers à obtenir des lettres patentes dans le canton de Low en décembre 1859 pour 680 acres de terre, à l’endroit où Newman avait identifié les fermes Hamilton et Low.
  19. Pour ceux que cela pourrait intéresser, John Newman a fourni également la liste des squatteurs qui étaient établis le long de la rivière Gatineau jusqu’aux environs de Maniwaki. Il a également noté qu'il y avait une petite chapelle près de la « Ferme Victoria », à La Visitation (Gracefield), en 1847.
  20. Dictionnaire biographique du Canada, Joseph-Bruno Guigues, vol. X, Université Laval/University of Toronto. Veuillez noter que parfois son nom apparaissait sous la forme de Joseph-Eugène-Bruno Guigues.
  21. Au début des années 1860, le prix était de 0,60 $ l’acre. En outre, les squatteurs devaient payer une rente annuelle de 2,50 $ par 100 acres pour avoir occupé une terre sans aucun titre. Ainsi, si un squatteur désirait acheter 100 acres de terre qu'il occupait depuis cinq ans, il devait débourser la somme totale de 72,50 $. Source : Rapport du comité spécial nommé pour prendre en considération la colonisation des terres incultes du Bas-Canada, 1862, p. 31.
  22. Sabourin, Mathieu, Les squatters de la rivière Gatineau entre 1812 et 1870, mémoire de maîtrise, Université Laval, Québec, 2010, p. 119-120.
  23. Rapport général du commissaire de l’agriculture et des travaux publics de la province de Québec pour les 12 mois expirés le 31 décembre 1869, Montréal, 1870, p. 16.
  24. Le Canada a accueilli au-delà de 90 000 immigrants irlandais au cours de la seule année 1847. Source : Charpentier, Louise, et al., Nouvelle histoire du Québec et du Canada, 1985, Les Éditions du Boréal Express, p. 146 et 182.

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